Qui sollicite le vote d'Israël
Un guide des partis, des résultats et des négociations de coalition qui décideront qui gouverne Israël
Par Seth Eisenberg, rédacteur en chef · Mis à jour le 2 novembre 2026
Mis à jour le 2 novembre 2026
Les résultats
Les résultats définitifs, publiés tôt le vendredi 30 octobre, laissent les deux camps sans les 61 sièges nécessaires pour gouverner. La participation a atteint 77,9 %, avec 5 716 665 suffrages exprimés. Onze partis ont obtenu des sièges.
| Parti | Sièges |
|---|---|
| Bloc de Netanyahou | 53 |
| Likoud | 27 |
| Judaïsme unifié de la Torah | 7 |
| Otzma Yehudit | 7 |
| Shass | 6 |
| Sionisme religieux–Zehout | 6 |
| Bloc d'opposition | 48 |
| Yashar | 21 |
| Beyahad | 12 |
| Les Démocrates | 8 |
| Israël Beytenou | 7 |
| Partis à direction arabe | 19 |
| La Liste unifiée | 11 |
| Ra'am | 8 |
Trois listes sont restées sous le seuil de 3,25 % : Réservistes–Parti économique, de Yoaz Hendel (2,63 %), Peuple d'Israël, d'Ofer Winter (1,7 %), et le Public haredi (0,2 %).
Le Likoud reste le premier parti, mais il passe de 32 à 27 sièges. Yashar, qui se présentait pour la première fois, arrive deuxième. Les partis à direction arabe n'ont jamais obtenu autant de sièges. Le Likoud affirme que les partis arabes ont « volé » l'élection. La Commission électorale centrale indique que l'enquête sur les soupçons de fraude n'affectera pas les résultats définitifs.
Les négociations de coalition
Le président Isaac Herzog reçoit les résultats certifiés le mercredi 4 novembre et ouvre ses consultations le jour même à 17 h. Rompant avec l'usage, il reçoit les partis du plus petit au plus grand. Le Sionisme religieux, le Shass et Israël Beytenou passent en premier, mercredi. Jeudi, il reçoit le Judaïsme unifié de la Torah, Otzma Yehudit, les Démocrates, Ra'am, la Liste unifiée, Beyahad, Yashar et, en dernier, le Likoud. La nouvelle Knesset prête serment le 10 novembre. Herzog doit désigner d'ici le 11 novembre celui qui aura la première chance de former un gouvernement. Ce député disposera de 28 jours, avec une prolongation possible de 14 jours.
Où en sont les partis, au 2 novembre :
- Le camp d'Eisenkot. Beyahad de Bennett, Israël Beytenou de Liberman et les Démocrates de Golan disent qu'ils recommanderont Eisenkot. Leurs dirigeants tiennent le mardi 3 novembre leur première réunion commune depuis l'élection.
- Les partis à direction arabe. La Liste unifiée et Ra'am devraient recommander Eisenkot. Le député Ahmad Tibi, de la Liste unifiée, a proposé de soutenir un gouvernement alternatif de l'extérieur de la coalition.
- Le camp de Netanyahou. Netanyahou estime qu'en tant que chef du premier parti, il doit diriger un « large gouvernement national » qui ne dépende ni de Ra'am ni de la Liste unifiée. Le Shass devrait le recommander, et son dirigeant, Aryé Dery, aurait exclu de rejoindre un gouvernement Eisenkot sans le Likoud. Le chef de la coalition du Likoud a exclu une rotation au poste de Premier ministre.
- Le Judaïsme unifié de la Torah. Selon les médias hébreux, des responsables du parti pourraient soutenir de l'extérieur un gouvernement Eisenkot, en échange de financements pour la communauté haredi et de progrès vers un accord sur le service militaire. Le parti pourrait aussi ne recommander personne.
Si tous les partis d'opposition et à direction arabe recommandent Eisenkot, il obtiendrait 67 recommandations contre 53 pour Netanyahou. Mais des recommandations ne font pas une coalition. Yashar, Beyahad et Israël Beytenou ont dit qu'ils ne siégeraient pas dans un gouvernement avec les partis arabes, et sans eux le camp d'Eisenkot compte 48 sièges. Pour atteindre 61, il lui faudrait un soutien extérieur de partis à direction arabe, un accord avec un parti haredi ou un gouvernement d'union incluant le Likoud. Herzog désigne le député qu'il juge le plus à même de former un gouvernement, pas forcément celui qui a reçu le plus de recommandations.
Herzog a appelé les dirigeants à « arrêter de grimper aux arbres et regarder la réalité en face » et à trouver des « solutions créatives pour éviter de nouvelles élections ». Si personne ne parvient à former un gouvernement, Israël retournera aux urnes. Jusqu'à l'investiture d'un nouveau gouvernement, Netanyahou reste Premier ministre par intérim.
Comment en parler maintenant
La question que vous entendrez le plus cette semaine est : « Qui a gagné ? » La réponse honnête est que les Israéliens n'ont donné de majorité à personne. Le prochain gouvernement se construira par la négociation, il ne sera pas proclamé le soir de l'élection. C'est le bon moment pour une question que le guide ci-dessous qualifie de l'une des plus difficiles de la politique israélienne : les élus des citoyens arabes peuvent-ils être des partenaires de gouvernement ?
Vous pourriez demander : « Si personne n'a de majorité, quel compromis accepteriez-vous pour éviter de nouvelles élections ? »
Avant le scrutin. Le guide ci-dessous a été publié le 26 octobre. Les chiffres des sondages sont les derniers publiés avant l'interdiction légale. Le résultat définitif de chaque parti a été ajouté.
Mardi 27 octobre, environ 7,3 millions d'Israéliens pourront voter lors des premières élections nationales depuis le massacre mené par le Hamas le 7 octobre 2023. Ce sont les premières élections depuis quatre ans, et beaucoup d'Israéliens les considèrent comme les plus importantes depuis une génération.
Pour celles et ceux d'entre nous qui parlent d'Israël avec leur famille, leurs amis et leurs collègues, c'est le bon moment pour ralentir. Les gros titres ont tendance à réduire une élection israélienne à une seule question : Netanyahou, oui ou non. Cette question compte. Mais les Israéliens votent aussi sur des questions plus profondes. Qui rendra des comptes pour le 7 octobre ? Qui servira dans l'armée ? Quel degré d'indépendance faut-il accorder aux tribunaux ? Quelle relation Israël doit-il entretenir avec ses citoyens arabes ? Et quel État juif et démocratique les Israéliens veulent-ils transmettre à leurs enfants ?
Ce guide présente les candidats, ce que chaque parti dit vouloir et la manière dont les pièces pourraient s'assembler une fois les votes comptés.
Comment fonctionne le système
En Israël, on ne vote pas pour un Premier ministre, mais pour une liste. Les 120 sièges de la Knesset, le parlement israélien, sont répartis à la proportionnelle selon le score national de chaque liste. Une liste doit obtenir au moins 3,25 % des voix, soit environ quatre sièges, pour entrer au parlement. Trente-sept listes figurent sur les bulletins, et les sondeurs s'attendent à ce que 11 à 13 d'entre elles franchissent ce seuil.
Aucun parti israélien n'a jamais obtenu seul la majorité. Après le scrutin, le président Isaac Herzog consultera les dirigeants de tous les partis élus, puis confiera la formation du gouvernement au député qu'il juge le plus à même de réunir une coalition de 61 sièges. Ce n'est pas forcément le chef du premier parti. Cette personne dispose de 28 jours, avec une prolongation possible de 14 jours. En cas d'échec, un autre candidat a sa chance. Si toutes les tentatives échouent, Israël retourne aux urnes, et le Premier ministre Benjamin Netanyahou reste en fonctions dans l'intervalle.
Autrement dit, mardi décidera de la composition de la Knesset. Il ne décidera peut-être pas, du moins pendant plusieurs semaines, de qui gouvernera.
Où en était la course avant le scrutin
La loi interdit la publication de sondages depuis le vendredi 23 octobre. Les dernières enquêtes avant cette date s'accordaient sur un point : aucun des deux camps n'approche les 61 sièges.
- La chaîne 13 donnait 54 sièges au « bloc du changement » opposé à Netanyahou, 50 au bloc de Netanyahou et 16 aux partis à direction arabe.
- La chaîne 12 donnait 56 sièges au bloc du changement, 50 au bloc de Netanyahou et 14 aux partis à direction arabe.
- Le radiodiffuseur public Kan donnait 52 sièges au bloc du changement, 50 au bloc de Netanyahou, 14 aux partis à direction arabe et 4 au parti des Réservistes.
Yashar, le nouveau parti de l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, devançait le Likoud dans les trois derniers sondages, avec 22 ou 23 sièges contre 19 à 21. La chaîne 14, favorable au gouvernement, a constamment présenté un tableau différent, avec un bloc de Netanyahou proche de la majorité, voire au-delà.
Un dernier changement : le 19 octobre, l'ancien ministre de la Défense Benny Gantz a retiré son parti, Bleu et Blanc, de la course après des mois de sondages sous le seuil. Le retrait étant intervenu tardivement, Bleu et Blanc figure toujours sur les bulletins, mais les voix qui s'y porteront seront perdues.
Le bloc de Netanyahou
Likoud
Dirigeant : Benjamin Netanyahou · Résultat : 27 sièges
Le Likoud est le principal parti de droite d'Israël. Il a gouverné pendant presque toutes les 17 dernières années. Netanyahou, qui aura bientôt 77 ans, est le Premier ministre resté le plus longtemps en fonctions de l'histoire du pays. Il est aussi jugé pour corruption, des accusations qu'il dément.
Le Likoud fait campagne sur son bilan de guerre. Le parti affirme que trois années d'opérations militaires à Gaza, au Liban, en Syrie, en Cisjordanie et contre l'Iran ont rendu Israël plus fort que jamais. Il met en avant les zones tampons que tient aujourd'hui l'armée et la longue expérience diplomatique de Netanyahou, en particulier sa relation étroite avec le président Donald Trump, qui lui a apporté son soutien. Netanyahou impute à l'appareil de sécurité, et non à son gouvernement, les défaillances qui ont précédé le 7 octobre.
Le Likoud n'a pas publié de programme complet. S'il reste au pouvoir, il devrait poursuivre sa réforme judiciaire et la législation visant à protéger les exemptions militaires des étudiants de yeshiva. Son message central est un avertissement : un gouvernement d'opposition dépendrait de partis à direction arabe, ce que le Likoud présente comme un risque pour la sécurité. Le slogan, déjà utilisé par le passé : « c'est nous ou eux ».
Les sondages lui accordent 19 à 23 sièges, une forte baisse par rapport aux 32 qu'il détient aujourd'hui.
Otzma Yehudit (Force juive)
Dirigeant : Itamar Ben Gvir · Résultat : 7 sièges
Ce parti d'extrême droite est dirigé par le ministre de la Sécurité nationale. Il fait campagne sur ce qu'il présente comme ses réussites : une loi imposant la peine de mort aux Palestiniens de Cisjordanie condamnés pour des attentats meurtriers, davantage de policiers, une forte hausse des permis de port d'arme, des conditions plus dures pour les détenus palestiniens et l'élargissement de la prière juive sur le mont du Temple. Le parti veut « encourager l'émigration » des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, y compris par des incitations financières. Il soutient une loi permettant à une majorité de 61 députés de passer outre les décisions de la Cour suprême. Les tribunaux ont ordonné à plusieurs reprises à Ben Gvir de cesser d'intervenir dans les opérations et les promotions de la police. Les sondages lui accordent 7 à 9 sièges.
Sionisme religieux–Zehout
Dirigeants : Bezalel Smotrich, avec Moshe Feiglin en deuxième position · Résultat : 6 sièges
Le parti du ministre des Finances, Smotrich, représente la communauté nationale-religieuse favorable aux implantations. Il se présente cette fois avec Zehout, le parti libertarien de Feiglin. Smotrich a appelé Israël à annexer Gaza, la majeure partie de la Cisjordanie et le Sud-Liban. Il a conduit une expansion record des implantations en Cisjordanie et souhaite démanteler l'Autorité palestinienne. Le parti veut limiter le contrôle judiciaire et le droit des citoyens à saisir les tribunaux. Sa propre base a une forte tradition de service militaire et a perdu beaucoup de ses fils à Gaza ; la défense des exemptions haredi par la coalition le place donc dans une position inconfortable. Les sondages lui accordent environ 6 ou 7 sièges.
Shass
Dirigeant : Aryé Dery · Résultat : 6 sièges
Shass est le parti ultra-orthodoxe séfarade et l'un des plus proches alliés du Likoud. Il se présente comme le gardien de l'identité juive traditionnelle et le défenseur des familles modestes. Il s'oppose au mariage civil, aux droits LGBTQ et au judaïsme non orthodoxe. À la Knesset, Shass s'est battu contre un service militaire universel, mais pendant cette campagne ses spots ont cherché à honorer à la fois le service militaire et l'étude de la Torah. Il n'a pas publié de programme. Les sondages lui accordent 7 à 10 sièges. Eisenkot s'est dit prêt à s'allier à Shass s'il accepte ses conditions de base, ce qui en fait l'un des rares ponts possibles entre les deux camps.
Judaïsme unifié de la Torah
Dirigeants : Yaakov Asher, avec Yitzhak Goldknopf en deuxième position · Résultat : 7 sièges
Cette alliance de partis ultra-orthodoxes ashkénazes a une priorité absolue : inscrire dans la loi l'exemption militaire de la communauté haredi. La Cour suprême a jugé en 2024 que cette exemption n'avait pas de base légale. Le parti a quitté le gouvernement Netanyahou parce que cette loi n'a jamais été adoptée, et il affirme qu'il ne soutiendra aucun gouvernement qui ne la ferait pas voter. Il s'oppose aussi aux transports publics pendant le shabbat et à l'enseignement des matières profanes fondamentales dans les écoles haredi. Il n'a pas de programme publié. Les sondages lui accordent environ 7 ou 8 sièges.
Le bloc d'opposition
Yashar
Dirigeant : Gadi Eisenkot · Résultat : 21 sièges
Yashar signifie « droit » ou « honnête ». Les lettres de son bulletin forment derekh, « le chemin ». Le parti est la principale raison pour laquelle ces élections sont serrées. Eisenkot est un ancien chef d'état-major de Tsahal. Son fils Gal a été tué au combat à Gaza en décembre 2023. Beaucoup d'Israéliens lui font confiance pour son franc-parler et parce qu'il a partagé le deuil du pays.
Le programme de Yashar prévoit :
- une commission d'enquête d'État sur le 7 octobre
- un service militaire ou national universel
- une constitution écrite fondée sur la Déclaration d'indépendance
- une justice forte et indépendante
- une meilleure école publique et une fonction publique plus professionnelle
- une nouvelle doctrine de sécurité nationale
- des réformes économiques pour réduire le coût de la vie
- la reconstruction des communautés dévastées par la guerre
Eisenkot a fixé quatre conditions à tout parti souhaitant rejoindre son gouvernement : accepter Israël comme État juif et démocratique, soutenir la Déclaration d'indépendance, défendre le service universel et reconnaître le Hamas comme un groupe terroriste qui doit être détruit. Selon lui, aucun parti arabe ou ultra-orthodoxe ne remplit aujourd'hui ces conditions. Sa liste comprend l'ancien chef du Shin Bet Yoram Cohen et plusieurs anciens ministres, mais la plupart de ses futurs députés probables ont peu d'expérience politique.
Beyahad (Ensemble)
Dirigeants : Naftali Bennett, avec Yaïr Lapid en deuxième position · Résultat : 12 sièges
Cette alliance réunit à nouveau les deux hommes qui ont dirigé le « gouvernement du changement » de 2021-2022. Bennett est religieusement pratiquant, issu de la droite nationaliste, et se présente comme membre d'une « nouvelle droite » attachée à rétablir la confiance dans les institutions israéliennes. Lapid est l'actuel chef de l'opposition. Au lancement du parti, Bennett a déclaré que « l'ère de la division est terminée ».
Le programme comprend une commission d'enquête d'État sur le 7 octobre, la conscription des hommes ultra-orthodoxes et l'intégration de la communauté haredi sur le marché du travail, une doctrine de sécurité révisée, la reconstruction des localités frontalières comme priorité nationale, une réforme du logement, le démantèlement des monopoles et la restauration des liens avec les Juifs du monde entier. Beyahad a exclu de reconduire son partenariat de 2021 avec le parti arabe Ra'am et ne s'est pas engagé à soutenir Eisenkot pour le poste de Premier ministre. Il arrive régulièrement en troisième position dans les sondages, avec 11 à 15 sièges.
Israël Beytenou (Israël notre maison)
Dirigeant : Avigdor Liberman · Résultat : 7 sièges
Le parti de Liberman est né comme la voix des immigrants de l'ex-Union soviétique. Il est aujourd'hui la maison des électeurs laïcs et partisans de la fermeté. Il associe une doctrine de sécurité exigeante, fondée sur la frappe préventive et la victoire décisive, à un programme intérieur résolument laïc : service universel, matières fondamentales obligatoires dans toutes les écoles financées par l'État, mariage et divorce civils, et possibilité pour les municipalités de faire circuler les transports publics pendant le shabbat. Il soutient aussi une commission d'enquête d'État, une constitution, moins de bureaucratie et une lutte plus dure contre le crime organisé.
Liberman ne servira pas sous Netanyahou. Il exclut aussi de siéger avec Shass, Judaïsme unifié de la Torah, Ra'am ou la Liste unifiée, mais affirme qu'un Likoud d'après Netanyahou pourrait être un partenaire. Les sondages lui accordent 7 à 10 sièges.
Les Démocrates
Dirigeant : Yaïr Golan · Résultat : 8 sièges
Les Démocrates sont nés en 2024 de la fusion du Parti travailliste, qui a dirigé Israël pendant ses premières décennies, et du Meretz, à gauche. Golan est un ancien chef d'état-major adjoint. Le matin du 7 octobre, il s'est rendu sur le site du festival Nova et a secouru des survivants. Le programme du parti prévoit des initiatives diplomatiques pour mettre fin aux cycles de combats, l'inscription des droits civiques et sociaux dans les Lois fondamentales, le transfert de budgets sectoriels vers les services sociaux, le mariage civil, une réforme de l'éducation et la lutte contre la criminalité dans la société arabe. Il appelle à une initiative diplomatique avec les Palestiniens, sans soutenir explicitement un État palestinien. Golan est le seul dirigeant d'un parti d'opposition à direction juive à soutenir ouvertement l'entrée d'un parti arabe, en particulier Ra'am, dans une coalition. Les sondages lui accordent 8 à 10 sièges.
Les partis à direction arabe
Les citoyens arabes représentent environ un cinquième de la population israélienne. Leur participation pourrait décider si l'un des deux blocs atteint 61 sièges.
Ra'am (Liste arabe unie)
Dirigeants : Mansour Abbas, avec Yoav Segalovitz en deuxième position · Résultat : 8 sièges
Ra'am est un parti islamique socialement conservateur. En 2021, il est entré dans l'histoire en devenant le premier parti arabe indépendant depuis des décennies à rejoindre une coalition gouvernementale. Abbas estime que les citoyens arabes obtiennent davantage en agissant de l'intérieur du gouvernement qu'en protestant de l'extérieur. Il a rompu les liens officiels du parti avec le conseil religieux du Mouvement islamique et recruté Segalovitz, sioniste juif et ancien haut responsable de la police, qui a dirigé une campagne nationale contre le crime organisé dans les localités arabes.
Les priorités de Ra'am sont un plan national de plusieurs milliards de shekels contre la violence et le crime organisé, davantage de moyens pour les collectivités arabes, de meilleures infrastructures et plus d'emplois, des règles d'urbanisme et de construction assouplies, et la reconnaissance des villages bédouins non reconnus du Néguev. Il s'oppose à la loi sur l'État-nation de 2018. La plupart des partis sionistes ont exclu cette fois toute alliance avec Ra'am. Les sondages lui accordent 4 à 6 sièges.
La Liste unifiée
Dirigeants : Youssef Jabareen, avec Ahmad Tibi en deuxième position · Résultat : 11 sièges
La Liste unifiée rassemble trois formations à direction arabe : le Hadash communiste, Ta'al et le Balad nationaliste. Elles divergent sur beaucoup de sujets, mais chacune aurait du mal à franchir seule le seuil. Le programme défend la justice sociale, l'égalité civique et nationale, et une « paix juste » avec un État palestinien aux côtés d'Israël. Il demande aussi l'arrêt des dépenses consacrées aux implantations en Cisjordanie et des opérations militaires à Gaza, en Syrie et au Liban, l'éducation gratuite de la naissance à l'université, une forte hausse du salaire minimum et une large nationalisation de l'économie.
La Liste unifiée ne rejoindra pas un gouvernement sioniste. Jabareen a proposé de soutenir de l'extérieur un gouvernement de remplacement s'il investit dans les localités arabes, met fin aux démolitions de maisons dans le Néguev et offre ce qu'il appelle un véritable horizon politique aux Palestiniens. Les sondages lui accordent 8 ou 9 sièges.
Les partis proches du seuil
Plusieurs petits partis pourraient faire basculer le résultat, soit en entrant de justesse à la Knesset, soit en échouant de peu et en gaspillant des dizaines de milliers de voix.
Réservistes–Parti économique
Dirigeants : Yoaz Hendel et Yaron Zelekha · Résultat : 2,63 %, sous le seuil
Cette liste de centre droit est conduite par l'ancien ministre des Communications et commandant de réserve Yoaz Hendel, avec l'économiste Yaron Zelekha. Elle fait campagne pour un service militaire ou national universel, contre les magnats et la vie chère, et pour une réforme judiciaire fondée sur un large consensus plutôt que sur une législation unilatérale. L'autrice et ancienne députée travailliste Einat Wilf occupe la troisième place. Hendel n'exclut pas de gouverner avec Netanyahou, mais affirme qu'il ne soutiendra pas un gouvernement étroit dépendant des partis haredi. Le dernier sondage de Kan lui donnait quatre sièges ; ceux des chaînes 12 et 13 le plaçaient sous le seuil.
Amcha Yisrael (Peuple d'Israël)
Dirigeant : Ofer Winter · Résultat : 1,7 %, sous le seuil
Fondé en août par le général à la retraite Ofer Winter, ce parti de droite promet une victoire militaire décisive, l'émigration « volontaire » depuis Gaza, une opposition ferme à un État palestinien et une refonte du système judiciaire. Il promet aussi de mettre fin aux exemptions militaires des haredim et affirme qu'il ne rejoindra aucun gouvernement qui n'oblige pas tous les Israéliens en âge de servir à se présenter à l'armée. Cela l'oppose aux partenaires ultra-orthodoxes de Netanyahou ; Winter affirme pourtant qu'il ne recommandera que Netanyahou au poste de Premier ministre. Le militant pro-israélien Yoseph Haddad, chrétien arabe, est en deuxième position. Les derniers grands sondages le plaçaient sous le seuil.
Ce qui se joue vraiment
Derrière les noms des partis, cinq questions reviennent sans cesse.
Rendre des comptes pour le 7 octobre. Tous les grands partis d'opposition promettent une commission d'enquête d'État indépendante. Le gouvernement Netanyahou s'y est opposé et préfère une commission nommée par des responsables politiques.
Qui sert. Après trois ans de guerre, l'armée manque de soldats. Presque tous les partis en dehors des listes haredi réclament aujourd'hui un service universel. Les partis ultra-orthodoxes font campagne pour que l'exemption devienne une loi permanente.
La démocratie et les tribunaux. La coalition au pouvoir affirme que ses changements judiciaires rendent le pouvoir aux élus. L'opposition promet de les annuler et de protéger les tribunaux et la liberté de la presse. Plusieurs partis d'opposition proposent aussi une constitution, une limitation du nombre de mandats du Premier ministre et l'interdiction pour une personne poursuivie au pénal d'exercer cette fonction.
La sécurité. Face à l'Iran, au Hezbollah et au Hamas, les principaux partis d'opposition sont presque aussi fermes que le Likoud. Aucun gouvernement probable ne relancerait des négociations sur un État palestinien. La différence tient au ton et aux limites. Un gouvernement sans Otzma Yehudit ni le Sionisme religieux ferait sans doute davantage pour freiner la violence des colons et les constructions non autorisées, et s'attacherait davantage au plan américain de reconstruction de Gaza.
Qui a sa place au gouvernement. Les citoyens arabes représentent un Israélien sur cinq. La question de savoir si leurs élus peuvent être des partenaires de gouvernement reste l'une des plus difficiles de la politique israélienne, et ces élections pourraient forcer une réponse.
Comment en parler
Lorsqu'on vous demande qui va gagner, la réponse honnête est que personne ne le sait encore, et que les vraies décisions pourraient se prendre lors des négociations de coalition, dans plusieurs semaines. Une meilleure conversation commence ailleurs.
Vous pourriez demander : « Laquelle de ces questions vous semble la plus importante pour l'avenir d'Israël : rendre des comptes, le service partagé, les tribunaux, la sécurité, ou qui a sa place à la table ? »
Vous pourriez aussi remarquer que les Israéliens ne sont pas divisés sur tout. Presque tous les partis sionistes soutiennent aujourd'hui une forme de service universel. La plupart des partis d'opposition, et une partie de la droite, veulent une enquête complète sur le 7 octobre. Les partis les plus divisés sur la question palestinienne s'accordent souvent plus qu'on ne le pense sur l'Iran. Souligner ce terrain commun n'a rien de naïf. C'est ainsi que les démocraties trouvent un chemin après une élection.
Quoi qu'il arrive mardi soir, mercredi matin, les Israéliens partageront toujours un petit pays, une armée, une économie et un avenir. Notre rôle dans ces conversations n'est pas de gagner. Il est de comprendre entre quoi les Israéliens choisissent, et pourquoi ce choix leur pèse autant.
Sources
- The Times of Israel — With all votes counted: final results
- The Times of Israel — Herzog: “Stop climbing trees and face reality”
- Anadolu Agency — Herzog to begin consultations with smaller parties
- The Jerusalem Post — Eisenkot, Bennett, Liberman and Golan to hold joint meeting
- The Jerusalem Post — Deri rejects opposition coalition without Likud
- RTÉ News (AFP) — Opposition backs Eisenkot; Netanyahu says voters chose him
- The Times of Israel — ToI's guide to the 37 parties
- The Times of Israel — Final polls before election
- The Times of Israel — Gantz pulls out of race
- Associated Press — Key parties in Israel's Oct. 27 election
- CNN — What's at stake
- Israel Democracy Institute — 2026 elections
- Center for Israel Education — Election Watch 2026
Mis à jour le 2 novembre 2026 avec les résultats définitifs et les négociations de coalition. Les chiffres des sondages d'avant le scrutin sont les derniers publiés avant l'interdiction légale du 23 octobre. Sources en anglais.